
Epstein et l'IA : des financements obscurs
On parle souvent d'IA, d'éthique et de biais algorithmiques. Mais on parle moins d'où vient l'argent qui fait avancer la recherche. Dernier épisode en date : les documents du Département de la Justice (DOJ) sur Jeffrey Epstein révèlent que le prédateur sexuel condamné a financé, directement ou indirectement, des projets majeurs en intelligence artificielle. Plongeons dans ce qui ressemble à un épisode noir de Black Mirror, mais dans la vraie vie.
Epstein, plus qu'un simple donateur
L'image d'Epstein est celle d'un financier mû par des appétits criminels. Mais les derniers documents montrent un personnage qui cherchait aussi à s'acheter une respectabilité, et surtout de l'influence, dans les cercles scientifiques. Il ne se contentait pas d'écrire des chèques. Il jouait au "facilitateur", à l'intermédiaire qui ouvre des portes, conseille sur les visas, les publications, et oriente des fonds vers des chercheurs précis. L'intelligence artificielle, domaine en pleine effervescence, était une cible de choix pour quelqu'un qui voulait se forger une réputation de mécène éclairé. La mécanique est simple : de l'argent contre de la reconnaissance et un accès à des réseaux d'élite.
Le cas Ben Goertzel : l'argent au service de l'open-source
Le nom de Ben Goertzel ne vous dit peut-être rien. C'est pourtant une figure connue du monde de l'IA, un pionnier de l'intelligence artificielle générale (AGI), fondateur de SingularityNET et de l'OpenCog Foundation. D'après les documents, Epstein lui a versé directement au moins 113 000 $ sur cinq ans pour soutenir ses initiatives open-source. Ce n'est pas une fortune colossale dans le monde de la tech, mais c'est un financement de départ qui permet de lancer des projets.
Là où l'affaire se corse, c'est que Epstein ne s'est pas arrêté là. Il a aidé Goertzel à sécuriser un financement bien plus conséquent : 8,9 millions de dollars de Hong Kong (environ 1,14 million USD) auprès du gouvernement local. On parle ici de fonds publics, canalisés grâce à l'influence d'un homme condamné pour des crimes sexuels. C'est la preuve éclatante qu'Epstein utilisait son carnet d'adresses pour devenir un acteur incontournable du financement scientifique, avec tout ce que cela implique en termes de conflits d'intérêts et de dépendance.
L'ombre sur l'Université du Tennessee
Le cas de Itamar Arel, ancien professeur à l'Université du Tennessee, est encore plus dérangeant. Entre 2009 et 2016, alors même qu'il était enregistré comme délinquant sexuel, Epstein a correspondu avec ce chercheur pour développer des technologies de reconnaissance faciale et de robots humanoïdes. Ces projets étaient financés par la Jeffrey Epstein VI Foundation.
Le détail qui glace le sang : ces travaux n'ont pas seulement utilisé l'argent sale d'Epstein. Ils ont mobilisé le temps de travail d'étudiants de l'université. On touche ici à un point critique de l'éthique de la recherche. Comment une institution académique a pu accepter ces fonds sans vérification approfondie ? Quel message envoie-t-on aux étudiants qui, sans le savoir, ont contribué à des projets financés par un prédateur ? C'est une défaillance collective qui pose question sur les processus de validation des donateurs.
Pourquoi cette affaire est-elle importante pour l'IA ?
Au-delà du scandale, cette histoire met en lumière un problème structurel dans la tech et la recherche : la transparence du financement. Dans un monde où les modèles d'IA sont de plus en plus puissants et omniprésents, il est crucial de savoir qui les a financés et pourquoi. L'argent d'Epstein n'a pas seulement servi à construire des algorithmes. Il a servi à acheter de l'influence, de la réputation et un accès à des cercles d'où il aurait dû être banni.
Si les chercheurs acceptent de l'argent sans se poser de questions, qu'est-ce qui garantit que d'autres acteurs aux intentions douteuses ne financent pas les prochains modèles d'IA qui prendront des décisions dans nos vies ? La science ne se fait pas dans un vide éthique. Elle a besoin de règles claires et de transparence totale. Sans cela, on risque de voir l'IA, cet outil potentiellement si puissant, dévoyé par les intérêts de ceux qui ont les moyens de la payer.
Sources
- Epstein aided AI pioneer in securing Hong Kong funding – Anadolu Agency : Détaille le financement de Ben Goertzel par Epstein et l'aide pour obtenir des fonds à Hong Kong.
- Epstein files show former UT professor used students to develop AI – WUOT : Enquête sur le cas du professeur Itamar Arel et l'utilisation des étudiants.
- Epstein files reveal deeper ties to scientists than previously known – Nature : Analyse les liens profonds entre Epstein et la communauté scientifique.
Jeffrey Epstein a-t-il financé des chercheurs en IA ?
Oui, confirmé par des documents officiels. Il a financé directement le chercheur Ben Goertzel et aidé à orienter des fonds publics vers ses projets via le gouvernement de Hong Kong.
Quels types de projets en IA ont été financés par Epstein ?
Les projets incluaient de l'intelligence artificielle open-source avec Ben Goertzel, ainsi que des travaux sur la reconnaissance faciale et la robotique humanoïde avec le professeur Itamar Arel de l'Université du Tennessee.
Pourquoi le financement de la recherche par Epstein pose-t-il problème ?
Cela pose un grave problème éthique : un individu convicted pour des crimes sexuels a pu acheter de l'influence dans la communauté scientifique. Cela soulève des questions sur la transparence des donateurs et les conflits d'intérêts au sein des institutions de recherche.
Qu'est-ce que la "Jeffrey Epstein VI Foundation" ?
C'était la fondation personnelle d'Epstein, utilisée comme véhicule principal pour ses dons "philanthropiques" en direction de projets scientifiques, notamment en IA, en génétique et en physique. Elle lui servait à blanchir sa réputation.





