
Envoyer une photo de sa serviette hygiénique "connectée" pour recevoir une analyse IA ? Merci, mais non merci.
Au CES 2026, la Femtech était à la fête avec des serviettes hygiéniques dites "intelligentes". Le FlowPad de Vivoo et le projet MenstruAI de l'EPFZ ont fait la une. Promesse : analyser vos hormones et même détecter des maladies via une serviette "connectée". Sauf qu'en y regardant de plus près, l'innovation ressemble fort à un tour de passe-passe marketing.
Le CES 2026 : un festival de la serviette 2.0 ?
Vivoo n'était pas la seule sur ce créneau. L'École Polytechnique Fédérale de Zurich (EPFZ) a également présenté son prototype, MenstruAI. L'objectif est encore plus ambitieux : utiliser le sang menstruel pour détecter des maladies comme l'endométriose ou le cancer des ovaires. On voit donc émerger toute une filière qui veut transformer les règles en générateur de données médicales. C'est séduisant sur le papier, mais la méthode et les fondements technologiques derrière sont pour l'instant discutables.
Déballons le "smart" et l'"IA" : un test de grossesse en mieux ?
Arrêtons-nous un instant sur la technologie. Le FlowPad de Vivoo utilise un système microfluidique en deux couches avec des réactifs qui changent de couleur en présence de l'hormone FSH. Vous prenez une photo, et une application vous donne le résultat.
Oui c'est le principe du test de grossesse.
Un produit chimique qui réagit avec un fluide corporel pour donner un résultat coloré. La seule différence, c'est qu'au lieu de lire deux barres, vous prenez en photo votre serviette.
La partie "connectée" n'est pas dans la serviette, qui est un objet totalement passif, sans puce, sans Bluetooth, sans Wi-Fi. La connexion, c'est votre téléphone.
Et l'IA ? Soyons honnêtes, il s'agit probablement plus d'un algorithme de traitement d'image sophistiqué (un simple colorimètre) que d'une véritable intelligence artificielle capable d'apprentissage et de raisonnement. Le terme "IA" est ici un buzzword marketing pour vendre un test colorimétrique.
Le vrai prix : vos données les plus intimes contre une analyse
Le problème fondamental reste le même, et il est double. D'abord, vous êtes invitée à photographier et envoyer une image de vos serviettes sales. C'est un seuil psychologique et de confidentialité énorme. Pourquoi devrions-nous accepter cela ? Pour accéder à une analyse qui, au final, n'est qu'un indicateur hormonal parmi d'autres et ne remplace pas un avis médical ?
Ensuite, le modèle économique. Un produit à 4-5 dollars unités, plus un abonnement pour voir vos propres données. C'est le modèle de la tech moderne : vous donnez un objet, mais vous louez son accès. Pire, vos données de santé menstruelle deviennent un actif pour l'entreprise. Elles peuvent être utilisées pour la R&D, revues, ou analysées pour vous pousser des produits ou services. La légitimité de l'entreprise à gérer ces données est la question centrale, et la réponse est loin d'être évidente.
Mon avis : une innovation paresseuse en l'état
Ce qui me frustre le plus, c'est la paresse de cette innovation. Au lieu de réfléchir à des capteurs non intrusifs, à des matériaux biodégradables et sûrs, ou à des modèles de données respectueux de la vie privée, on nous propose un gadget qui externalise le coût et le risque sur l'utilisatrice. La "connexion" est votre téléphone. L'"analyse" est votre caméra. La "donnée" est votre intimité.
C'est une approche qui me semble déconnectée des réalités humaines et écologiques. On nous vend une solution high-tech pour un problème de santé, en créant un problème de confidentialité et un problème environnemental. Ce n'est pas du progrès, c'est un déplacement de problème.
Vers une vraie innovation ?
Je ne dis pas que le suivi de la santé menstruelle à domicile n'a pas d'intérêt. Au contraire. Mais nous pouvons faire mieux. Beaucoup mieux.
Imaginez des capteurs réutilisables et lavables qui analysent les fluides sans photo. Des applications qui fonctionnent en local, sur votre téléphone, sans jamais envoyer de données sensibles sur un serveur. Des matériaux innovants, sûrs pour le corps et biodégradables. Une transparence totale sur les réactifs utilisés.
L'innovation dans la santé féminine (et pour la santé en général) ne doit pas être une course au buzzword.
Sources
- Suivi hormonal : FlowPad, le nouveau pad menstruel de Vivoo - Galaxus : Description détaillée du fonctionnement du FlowPad.
- Une équipe de l'EPFZ met au point une serviette hygiénique "intelligente" - RTS : Présentation du projet MenstruAI de l'EPFZ pour la détection de maladies.
- Vivoo's FlowPad Turns Menstrual Pads Into Hormone Tests - The Verge : Analyse critique du modèle économique et technologique.
Qu'est-ce qu'une serviette hygiénique "connectée" comme le FlowPad ?
C'est une serviette hygiénique jetable contenant des réactifs chimiques qui changent de couleur en présence d'une hormone (la FSH). L'utilisateur doit ensuite prendre en photo la serviette pour qu'une application mobile analyse la couleur et donne un résultat. La serviette elle-même n'a aucune connectivité électronique.
Y a-t-il une vraie intelligence artificielle (IA) dans ces serviettes ?
Non. Le terme "IA" est utilisé comme un buzzword marketing. La serviette est un objet passif. L'analyse est effectuée par l'application du téléphone, qui utilise très probablement un algorithme de traitement d'image (colorimétrie) plutôt qu'une véritable IA capable d'apprentissage.
Quels sont les risques d'envoyer une photo de sa serviette hygiénique ?
Le risque principal est la violation de la vie privée. Ces images sont extrêmement intimes. En cas de faille de sécurité, de mauvaise gestion des données ou de changement de politique de confidentialité, elles pourraient être exposées, utilisées ou partagées sans votre consentement.
Qui sont les autres acteurs sur ce marché hormis Vivoo ?
Lors du CES 2026, le projet MenstruAI de l'École Polytechnique Fédérale de Zurich (EPFZ) a également été présenté. Son objectif est plus médical : utiliser le sang menstruel pour aider à détecter des maladies comme l'endométriose ou certains cancers.
Quelles sont les alternatives plus sûres pour suivre sa santé menstruelle ?
Les alternatives incluent les tests hormonaux (urine, salive) à usage unique sans photo, les applications de suivi du cycle basées sur la température et les symptômes, ou bien sûr, les consultations médicales pour des analyses complètes et un diagnostic professionnel.





