
ALIAS de la DARPA : Un robot peut-il piloter un avion à la place d’un humain ?
En 2014, la DARPA lance ALIAS, pour Aircrew Labor In-Cockpit Automation System. Son objectif n'est pas de fabriquer un nouvel avion autonome, mais de développer un système capable d'apporter un haut niveau d'automatisation à des appareils qui existent déjà.
L'idée donnera naissance à des démonstrateurs assez étonnants, dont un copilote robotisé installé dans un cockpit classique. Douze ans plus tard, la technologie issue du programme équipe un Black Hawk expérimental confié à l'armée américaine pour poursuivre les essais.
Pourquoi créer ALIAS alors que les avions ont déjà des pilotes automatiques ?
Un pilote automatique classique peut maintenir une altitude, suivre une trajectoire ou effectuer certaines phases de vol. ALIAS visait une automatisation beaucoup plus large des tâches réalisées par l'équipage.
Lors de son lancement en 2014, la DARPA présente un système capable d'exécuter une mission planifiée du décollage à l'atterrissage, de surveiller en permanence l'état de l'appareil et de réagir à certaines situations anormales, notamment des pannes.
L'objectif est également de réduire la charge de travail du pilote. Celui-ci ne disparaît pas nécessairement du cockpit : son rôle se rapproche davantage de celui d'un superviseur de mission que d'un opérateur chargé de manipuler en permanence les systèmes de l'appareil.
Cette approche présente un autre intérêt pour l'armée américaine. Moderniser l'avionique de chaque type d'avion ou d'hélicoptère coûte cher. ALIAS est pensé dès le départ comme un système adaptable à plusieurs appareils existants, plutôt que comme une technologie liée à un seul nouvel aéronef.
À quoi ressemblait le robot pilote d'Aurora Flight Sciences ?
En 2015, la DARPA sélectionne notamment Aurora Flight Sciences pour travailler sur ALIAS. L'entreprise développe un système qu'elle décrit aujourd'hui comme un robotic copilot kit, un copilote robotique pouvant être ajouté à un avion existant.
Cette approche rend le projet particulièrement parlant : au lieu de modifier entièrement la conception de l'avion, le système vient s'adapter au cockpit et aux commandes déjà présentes.
Aurora intègre notamment son démonstrateur ALIAS à un Cessna 208 Caravan en 2016. La même année, la DARPA annonce des essais en vol sur plusieurs appareils : deux Cessna 208 Caravan, un Diamond DA-42 et un hélicoptère Sikorsky S-76.
Le programme montre ainsi qu'une même architecture d'automatisation peut être adaptée à des avions et à des hélicoptères très différents.
Le robot remplace-t-il vraiment le pilote ?
ALIAS n'a jamais eu pour seul objectif de retirer l'humain du cockpit. La DARPA travaille aussi sur des configurations où l'automatisation seconde un pilote ou permet de réduire le nombre de membres d'équipage.
En 2018, un pilote de l'US Army teste par exemple un hélicoptère S-76B équipé du système en le contrôlant depuis une tablette. ALIAS peut alors prendre en charge des tâches comme le suivi d'une route, certaines procédures de vol ou la gestion d'événements anormaux.
La DARPA compare alors le système à un copilote : il peut prendre en charge une part importante du travail technique pendant que l'humain conserve la supervision de la mission.
Cette distinction reste importante. Un avion capable d'exécuter automatiquement une mission n'est pas nécessairement un avion destiné à fonctionner en permanence sans humain. Le même système peut servir avec un équipage complet, un équipage réduit ou, dans certaines situations, sans personne à bord.
Comment ALIAS a-t-il fini par faire voler un Black Hawk sans personne à bord ?
La troisième phase du programme se concentre notamment sur les technologies de Sikorsky, qui développe sa suite d'autonomie MATRIX. Cette technologie devient progressivement le cœur de la version la plus avancée d'ALIAS.
Le 5 février 2022, un UH-60A Black Hawk modifié vole pendant environ 30 minutes sans personne à bord au-dessus de Fort Campbell, dans le Kentucky. Un second vol sans équipage a lieu deux jours plus tard.
Le système ne se contente plus d'actionner quelques commandes. Selon la DARPA, il peut gérer une mission complète, depuis les vérifications précédant le vol jusqu'à l'atterrissage, et prendre en compte des défaillances simulées.
Le projet initial de copilote automatisé est alors devenu une architecture permettant à un hélicoptère existant d'effectuer certaines missions en mode autonome.
Que devient ALIAS en 2026 ?
Le 20 mars 2026, la DARPA annonce avoir transféré à l'US Army un H-60Mx Black Hawk expérimental équipé de la suite MATRIX développée par Sikorsky.
La phase de recherche conduite par la DARPA laisse ainsi place à des essais opérationnels avancés. L'appareil doit servir de laboratoire volant au DEVCOM de l'armée américaine pour tester de nouveaux capteurs, de nouvelles missions et différentes configurations allant de l'équipage réduit au vol autonome.
La trajectoire du programme est assez inhabituelle. ALIAS partait d'une question d'ingénierie relativement pragmatique : peut-on ajouter de l'automatisation à des appareils déjà en service sans les reconstruire entièrement ?
Les premières réponses prenaient parfois la forme très visible d'un copilote robotique ajouté à un cockpit existant. Les versions suivantes ont intégré l'automatisation beaucoup plus profondément dans l'appareil. En 2026, cette technologie est suffisamment mature pour quitter le cadre du programme de recherche et poursuivre ses essais directement au sein de l'US Army.
Sources
- DARPA, 2014 : présentation initiale du programme ALIAS et de son objectif d'automatiser des appareils existants.
- DARPA, 2015 : contrats de la première phase du programme et sélection d'Aurora Flight Sciences.
- DARPA, 2016 : résultats des essais sur Cessna 208, Diamond DA-42 et Sikorsky S-76.
- Aurora Flight Sciences : historique du copilote robotique ALIAS développé par Aurora et testé sur un Cessna Caravan.
- DARPA, 2018 : essais du système avec l'US Army et intégration prévue au Black Hawk.
- DARPA, 2022 : premier vol d'un Black Hawk ALIAS sans personne à bord.
- DARPA, 20 mars 2026 : transfert du H-60Mx équipé de MATRIX à l'US Army pour des essais opérationnels avancés.
Que signifie ALIAS dans le programme de la DARPA ?
ALIAS signifie Aircrew Labor In-Cockpit Automation System. Il s'agit d'un programme lancé par la DARPA pour ajouter un haut niveau d'automatisation à des avions et hélicoptères existants.
ALIAS est-il un robot qui s'assoit réellement à la place du pilote ?
Certaines premières approches, notamment celle d'Aurora Flight Sciences, ont pris la forme d'un copilote robotique ajouté à un cockpit existant. D'autres versions d'ALIAS, comme celle développée avec Sikorsky, sont beaucoup plus profondément intégrées aux systèmes de l'appareil.
Un Black Hawk a-t-il déjà volé sans pilote grâce à ALIAS ?
Oui. Le 5 février 2022, un UH-60A Black Hawk équipé des technologies MATRIX développées dans le cadre d'ALIAS a effectué environ 30 minutes de vol sans personne à bord à Fort Campbell, dans le Kentucky.
ALIAS est-il encore un projet expérimental en 2026 ?
La phase de développement conduite par la DARPA est arrivée à un jalon important en mars 2026 avec le transfert d'un H-60Mx Black Hawk équipé de MATRIX à l'US Army. L'armée doit maintenant poursuivre les essais opérationnels et développer de nouveaux usages à partir de cette technologie.





