
L'IA slop pèse de plus en plus sur l'industrie pornographique
Quand on parle d'IA slop, on pense souvent à ces images bizarres de "Jésus Crevette" ou à des articles de blog écrits par des robots. Mais il y a un secteur où ce phénomène prend une tournure beaucoup plus sombre et concrète : la pornographie. Ce n'est plus juste une question de mauvais goût ou de qualité médiocre. C'est une véritable mutation de l'industrie, qui touche à la fois aux modèles économiques, à l'éthique et au consentement.
Le deepfake : le cœur du problème
Le terme slop prend tout son sens ici. On inonde les plateformes de contenus synthétiques souvent produits sans le moindre scrupule. Le deepfake pornographique est l'exemple le plus frappant. Il s'agit de superposer le visage d'une personne réelle sur le corps d'un acteur ou d'une actrice X.
Ce qui m'inquiète, c'est l'échelle. Une étude de la société Deeptrace a révélé que 96 % des vidéos deepfakes en ligne sont à caractère pornographique. On ne parle pas de quelques cas isolés, mais d'une industrie parallèle massive. Les femmes sont les principales victimes, qu'elles soient des célébrités ou de simples étudiantes dont les photos Instagram ont été récupérées.
Une production industrielle et désinhibée
Avant, créer un faux vidéo réaliste demandait des compétences en infographie pointues. Aujourd'hui, n'importe qui avec un PC décent et un peu de temps peut générer du contenu. Des modèles open-source comme Stable Diffusion, fine-tunés pour ignorer les filtres de sécurité, circulent librement sur des forums comme 4chan ou Discord.
Cela a créé ce qu'on appelle des "slop farms". Des fermes à clics qui produisent des milliers d'images et de vidéos par jour. Le but n'est pas artistique, c'est purement mercantile. On génère du contenu pour saturer les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, quitte à piétiner la vie privée des gens.
L'horreur de la pédopornographie générée par IA
C'est le point le plus dur à aborder, mais on ne peut pas l'ignorer. L'IA slop a abaissé le seuil technique pour produire des images d'abus sur mineurs (CSAM). Ces modèles sont parfois entraînés sur des bases de données contenant des photos d'enfants innocentes issues d'Instagram ou de Facebook, transformées en contenu pédopornographique.
C'est un cauchemar pour les forces de l'ordre. Traditionnellement, chaque image d'abus correspond à une victime réelle qu'il faut identifier et sauver. Avec l'IA, on peut générer des milliers de nouvelles images de victimes qui n'existent pas, ou mélanger des visages réels avec des corps synthétiques. Cela rend la tâche de détection et de protection quasi impossible à l'échelle actuelle.
La tech : entre impuissance et responsabilité
Que font les géants de la tech ? OpenAI, Google ou Meta ont des politiques strictes contre la génération de contenu sexuel non consensuel. Pourtant, des outils comme Grok sur X (Twitter) ont récemment fait les gros titres pour leur capacité à générer du contenu explicite, montrant les limites des garde-fous.
Face à l'IA slop, la réponse est technique : des outils de détection comme ceux développés par Sensity AI tentent de repérer les incohérences dans les pixels ou les mouvements. Mais c'est une course armée. À mesure que les générateurs s'améliorent, les détecteurs peinent à suivre.
Vers une régulation nécessaire
En tant que développeur, je suis partisan de l'innovation. Mais l'IA slop dans le porno dépasse le cadre de la simple technologie. C'est une question juridique et sociale. Certains pays commencent à bouger, comme le Royaume-Uni qui menace d'interdire les plateformes ne régulant pas les deepfakes, ou la Corée du Sud qui tient les modèles responsables de leurs mésusages.
Il ne suffira pas de meilleures technologies. Il faut une prise de conscience collective. Consommer du contenu IA, c'est souvent, sans le savoir, valider un système qui broie le consentement et la dignité des personnes.
Sources
- The State of Deepfakes: Landscape, Threats, and Impact – Deeptrace : Une étude de référence qui chiffre la prédominance des deepfakes pornographiques (96%).
- Non-Consensual Synthetic Intimate Imagery – ACM Digital Library : Une recherche académique approfondie sur les implications des deepfakes non consensuels.
- A Tipping Point in Online Child Abuse – The Atlantic : Analyse de l'impact de l'IA sur la pédopornographie et les défis pour la protection de l'enfance.
Qu'est-ce que l'IA slop ?
L'IA slop désigne des contenus numériques (textes, images, vidéos) de mauvaise qualité, générés en masse par l'intelligence artificielle, souvent sans valeur réelle ni effort humain.
Quel pourcentage des deepfakes sont pornographiques ?
Environ 96 % des vidéos deepfakes identifiées en ligne sont à caractère pornographique, majoritairement mettant en scène des femmes sans leur consentement.
Peut-on créer légalement de la pédopornographie avec de l'IA ?
Non. Même si l'image est générée par ordinateur, la production et la détention d'images représentant des mineurs dans des situations sexuelles est illégale dans la plupart des législations et constitue une forme grave d'abus.





