
Société Générale assume l'échec de son IA SoGPT et se tourne vers Copilot
Faut-il construire sa propre intelligence artificielle ou se contenter d'une solution clé en main ? Pour la Société Générale, la réponse est désormais claire. La banque française vient de tirer un trait sur SoGPT, son assistant IA interne, pour se rabattre sur Microsoft Copilot. C'est un revirement brutal qui en dit long sur les difficultés des entreprises traditionnelles à suivre le rythme effréné de l'IA. Pour moi, c'est moins un échec qu'une leçon de realisme technologique.
Le pari risqué de l'IA "maison"
Il y a un peu plus d'un an, la Société Générale lançait fièrement SoGPT. L'idée était séduisante sur le papier : offrir aux employés un outil d'IA générative sécurisé, hébergé en interne, et parfaitement adapté aux contraintes bancaires. Pas de fuite de données, pas de dépendance aux GAFAM, juste une belle innovation souveraine.
Mais la réalité a rattrapé la banque. Selon les informations de Bloomberg et de la presse spécialisée, les collaborateurs se sont rapidement lassés. Le problème n'était pas la sécurité, mais l'obsolescence programmée. L'interface a vite paru vieillissante et le modèle sous-jacent manquait de mises à jour face à des outils comme ChatGPT ou Claude qui progressaient chaque semaine.
Pourquoi SoGPT n'a pas tenu la distance
Le développement logiciel, c'est un peu comme le jeu vidéo : si tu ne mets pas à jour ton moteur régulièrement, ton jeu devient vite has-been. Pour SoGPT, le problème fondamental a été de sous-estimer la vitesse d'évolution de l'IA générative. Dans ce secteur, les standards changent toutes les semaines, pas tous les ans.
Le premier écueil a été l'obsolescence rapide de l'expérience utilisateur. Les employés de la banque sont aussi des consommateurs de tech. À la maison, ils utilisent des outils comme ChatGPT ou Claude, qui gagnent constamment en fluidité et en intelligence. SoGPT, lui, est resté statique. Comparé à la réactivité des standards du marché, l'outil interne a vite paru rigide, créant une frustration naturelle chez les collaborateurs qui se sentaient pénalisés par leur outil pro.
Ensuite, il y a le piège de la maintenance continue. Contrairement à un logiciel classique qui se stabilise avec le temps, une IA d'entreprise demande une surveillance constante. Il faut ajuster les "prompts", gérer les bases de connaissances internes et, surtout, tout re-tester à chaque fois que le modèle sous-jacent évolue. C'est un travail de Sisyphe : à peine l'équipe interne avait-elle fini une intégration qu'il fallait recommencer pour la nouvelle version. Financièrement et humainement, c'est un gouffre.
Enfin, la banque a dû faire face au constat que l'outil n'apportait plus la valeur ajoutée espérée. Pour qu'une solution interne survive, elle doit offrir un avantage décisif, souvent en termes de sécurité ou de spécialisation métier. Si SoGPT n'était pas significativement plus performant qu'un outil standard pour les tâches quotidiennes, les employés finissaient par le délaisser, rendant l'investissement initial inutile.
Microsoft Copilot : le choix de la facilité et de l'intégration
La solution choisie par la banque est pragmatique : Microsoft 365 Copilot. Pourquoi ? Parce que Copilot n'est pas juste une fenêtre de chat. Il est profondément intégré à l'écosystème que les salariés utilisent déjà tous les jours : Word, Excel, Outlook, Teams.
C'est là que la force de frappe de Microsoft fait la différence. On ne demande plus aux employés d'aller sur une plateforme tierce pour poser des questions ; l'IA vient à eux directement dans leurs documents. Pour une banque où la conformité et la productivité sont reines, cette intégration native vaut tous les développements internes du monde.
Le dilemme "Build vs Buy" tranché
Ce pivot de la Société Générale est un cas d'école. J'ai vu la même chose dans le monde du gaming : certains studios ont tenté de créer leur propre moteur physique avant de retourner à Unreal ou Unity. C'est courageux, mais souvent contre-productif.
L'intelligence artificielle devient une infrastructure, comme l'électricité ou le cloud. On ne construit pas sa propre centrale électrique pour alimenter son entreprise, et il est probable que dans 5 ans, très peu d'entreprises construiront leur propre couche d'IA générative. Elles achèteront des licences et se concentreront sur la gouvernance des données et l'usage métier.
C'est ce que fait SocGen aujourd'hui. Ils arrêtent d'essayer d'être une boîte de tech pour redevenir une banque qui utilise la tech.
Sources
- Société Générale abandonne son IA maison au profit de Microsoft Copilot – L'Usine Digitale : L'information initiale sur l'abandon de SoGPT au profit de la solution de Microsoft.
- SocGen Turns to Microsoft's Copilot After Scrapping Own AI Tool – Bloomberg : L'article de référence analysant les raisons de ce changement stratégique et les plaintes des employés.
- Telex : La Société Générale adopte finalement Microsoft Copilot – Le Monde Informatique : Analyse du contexte de retrait de l'outil à la fin de l'année et les détails sur le déploiement.
Qu'est-ce que SoGPT ?
SoGPT était un outil d'intelligence artificielle interne développé par la Société Générale pour ses employés, utilisant des modèles de langage génératif dans un environnement sécurisé.
Pourquoi la Société Générale a-t-elle abandonné SoGPT ?
L'outil souffrait d'un manque de mises à jour et les employés trouvaient l'écart avec les outils du marché trop grand. Son maintien est devenu trop coûteux par rapport aux bénéfices.
Quelle solution remplace SoGPT chez Société Générale ?
La banque déploie Microsoft Copilot, l'assistant IA intégré à la suite Microsoft 365, pour la majorité de ses employés dans les prochaines semaines.
Est-ce courant que les entreprises abandonnent leur IA interne ?
Oui, de plus en plus. Face à la vitesse d'évolution des modèles, beaucoup réalisent qu'il est plus rentable d'acheter une solution standard ("Buy") que de la construire ("Build").





