La batterie au CO₂ soutenue par Google

Google mise sur une batterie au CO₂ : une alternative crédible au lithium ?

Google a investi dans Energy Dome, une entreprise italienne qui stocke l’électricité grâce à un circuit fermé de dioxyde de carbone. La technologie vise les besoins de longue durée, lorsque le solaire et l’éolien ne produisent plus pendant plusieurs heures. Un démonstrateur fonctionne déjà en Sardaigne et plusieurs projets commerciaux sont annoncés. La batterie au CO₂ ne remplacera pas toutes les batteries au lithium, mais elle pourrait répondre à un problème que celles-ci gèrent encore difficilement : alimenter un réseau ou un datacenter pendant toute une nuit.

Pourquoi Google investit-il dans une batterie au CO₂ ?

Le partenariat entre Google et Energy Dome a été annoncé en juillet 2025. Il comprend un accord commercial mondial et un investissement direct de Google dans l’entreprise italienne.

L’objectif est lié aux besoins électriques des centres de données. Les panneaux solaires produisent surtout en journée, alors que les serveurs doivent fonctionner en continu. Les batteries lithium-ion conviennent bien aux décalages de quelques heures. Leur coût devient moins favorable lorsqu’il faut conserver une grande quantité d’électricité pendant 8 à 24 heures.

La batterie au CO₂ cible précisément cette durée. Elle doit restituer l’énergie renouvelable durant la nuit, pendant un creux de vent ou lors d’une forte demande. Google ne cherche donc pas une batterie pour ses smartphones. Il finance une infrastructure destinée aux réseaux électriques qui alimentent ses activités.

Comment fonctionne la batterie au CO₂ d’Energy Dome ?

Le système ne repose pas sur une réaction chimique. Il utilise un cycle thermomécanique fermé.

Pendant la charge, l’électricité disponible alimente un compresseur. Le CO₂ gazeux est comprimé puis liquéfié sous pression. La chaleur produite durant cette étape est conservée dans un stockage thermique.

Pendant la décharge, cette chaleur sert à évaporer le CO₂ liquide. Le gaz se détend dans une turbine qui produit de l’électricité. Il retourne ensuite dans le grand dôme souple qui lui donne son nom.

Le CO₂ n’est ni brûlé ni rejeté dans l’atmosphère. Il reste dans l’installation et recommence le même cycle. Energy Dome annonce un rendement aller-retour supérieur à 70 %, une durée de vie de plus de trente ans et l’absence de terres rares.


Schéma du cycle de charge et de décharge de la batterie au CO₂ d’Energy Dome
Le CO₂ est comprimé et liquéfié pendant la charge, puis détendu dans une turbine pour restituer l’électricité.

Que donnent les premières installations d’Energy Dome ?

Le premier démonstrateur a été construit à Ottana, en Sardaigne. Sa puissance atteint 2,5 MW pour une capacité de 4 MWh. Il a validé le fonctionnement complet du cycle avec des équipements industriels.

Le test le plus important reste toutefois la centrale commerciale de 20 MW et 200 MWh, également située à Ottana. Elle doit pouvoir fournir sa puissance pendant dix heures. Engie a signé un accord pour valoriser l’électricité stockée sur le marché italien.

La mise en service avait été annoncée pour le premier trimestre 2025. Les communications disponibles en 2026 présentent la technologie comme commercialement opérationnelle, mais les données indépendantes restent rares. Il manque encore un bilan public détaillé sur le rendement réel, la disponibilité, les coûts de maintenance et les performances après de nombreux cycles.

Le démonstrateur prouve donc que le mécanisme fonctionne. La centrale de 200 MWh doit maintenant montrer qu’il reste rentable et fiable à l’échelle d’un réseau.

Quels projets Google soutient-il déjà ?

Deux projets liés à Google ont été annoncés en juin 2026.

En Arizona, Energy Dome et l’électricien Salt River Project préparent une installation de 19 MW pendant dix heures, soit environ 190 MWh. Google financera une partie du projet. La centrale doit être installée sur le site de l’ancienne centrale électrique de Coronado.

En Irlande, une batterie de 23 MW et 200 MWh est prévue dans le comté d’Offaly. Energy Dome doit la développer, la posséder et l’exploiter. Le projet dispose déjà d’un terrain, d’une autorisation et d’un raccordement au réseau.

Ces contrats montrent que la technologie a dépassé le cadre du laboratoire. Ils ne constituent pas encore un retour d’exploitation : les installations ne sont pas toutes en service et leurs performances devront être mesurées pendant plusieurs années.

La batterie au CO₂ peut-elle remplacer le lithium ?

La comparaison doit rester précise. Une batterie lithium-ion affiche généralement un meilleur rendement et réagit rapidement. Elle reste adaptée aux véhicules, aux appareils mobiles et au stockage court du réseau.

La batterie au CO₂ occupe un autre créneau. Elle demande davantage d’espace, mais utilise surtout de l’acier, de l’eau, du CO₂ et des machines déjà connues de l’industrie. Elle ne dépend pas du lithium, du cobalt ou du nickel. Sa capacité ne devrait pas diminuer comme celle d’une batterie électrochimique après des milliers de cycles.

Son principal point faible est son rendement plus bas : une partie plus importante de l’électricité est perdue entre la charge et la restitution. Cette perte peut devenir acceptable si l’installation coûte moins cher sur dix heures, dure plusieurs décennies et conserve sa capacité.

La technologie apparaît donc comme un complément au lithium, pas comme son remplaçant universel. Sa crédibilité dépendra des résultats économiques des premières centrales commerciales.

Google fait-il un pari raisonnable avec Energy Dome ?

Oui, à condition de parler d’un pari industriel plutôt que d’une solution déjà gagnante. Energy Dome a construit un démonstrateur, signé des contrats avec des énergéticiens et lancé plusieurs projets de grande capacité. La technologie repose sur des composants disponibles et répond à un besoin réel du réseau.

Il reste pourtant peu de données publiques indépendantes sur une centrale de 200 MWh exploitée durant plusieurs années. Le coût réel, la disponibilité et le rendement mesuré compteront davantage que les performances annoncées.

Google ne mise pas sur une batterie au CO₂ pour remplacer le lithium partout. L’entreprise cherche une solution capable de compléter le solaire et l’éolien autour de ses datacenters. Sur ce marché précis, Energy Dome constitue une piste crédible qui doit encore confirmer ses promesses sur le terrain.

Sources


Comment fonctionne une batterie au CO₂ ?

Elle utilise l’électricité pour comprimer et liquéfier du CO₂. Lors de la décharge, le CO₂ est réchauffé puis détendu dans une turbine qui restitue de l’électricité. Le gaz reste dans un circuit fermé.

La batterie au CO₂ rejette-t-elle du dioxyde de carbone ?

Non. Le CO₂ sert de fluide de travail et circule dans une boucle fermée. Il n’est pas brûlé pendant le fonctionnement normal.

Quel est le rendement de la batterie au CO₂ d’Energy Dome ?

Energy Dome annonce un rendement aller-retour supérieur à 70 %. C’est moins qu’une batterie lithium-ion, mais la technologie vise des durées de stockage plus longues.

La batterie au CO₂ peut-elle remplacer les batteries au lithium ?

Elle peut compléter le lithium pour le stockage longue durée du réseau. Elle n’est pas conçue pour les voitures, les smartphones ou tous les usages qui demandent une batterie compacte.

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