PISA : l'IA fait-elle baisser le niveau des élèves ?

Résultats PISA de la France en chute : est-ce la faute de l'IA ?

Les résultats PISA 2025, publiés le 8 septembre 2026, sont mauvais pour la France. Les performances des élèves de 15 ans baissent encore en mathématiques et en compréhension de l'écrit. Et un coupable revient déjà dans les discussions : ChatGPT et l'intelligence artificielle. L'idée paraît logique. Un élève peut désormais faire rédiger un devoir, résumer un texte ou résoudre un exercice en quelques secondes. Mais les nouvelles données de l'OCDE racontent une histoire nettement plus compliquée.

Les résultats PISA 2025 de la France sont-ils vraiment mauvais ?

Oui. L'OCDE indique que les résultats obtenus en 2025 comptent parmi les plus faibles jamais enregistrés par la France dans les trois domaines évalués. Les performances diminuent par rapport à 2022 en mathématiques et en compréhension de l'écrit, tandis qu'elles restent à peu près stables en sciences.

Le recul devient encore plus visible sur dix ans. Depuis 2015, la proportion d'élèves situés sous le niveau minimal de compétence a augmenté de 12 points en mathématiques, 11 points en compréhension de l'écrit et 4 points en sciences.

La France n'est pas un cas isolé. Une baisse importante touche aussi de nombreux pays de l'OCDE. Mais tous ne suivent pas la même trajectoire : Singapour reste au sommet, tandis que l'Estonie, le Japon, la Corée du Sud ou encore le Royaume-Uni figurent parmi les meilleurs systèmes.


Évolution des résultats PISA de la France en mathématiques, lecture et sciences
Évolution des résultats français aux évaluations PISA : la baisse commence avant l'arrivée de ChatGPT.

Peut-on accuser ChatGPT de la baisse du niveau scolaire ?

La chronologie pose immédiatement problème. ChatGPT a été rendu public fin 2022, alors que la dégradation des résultats français était déjà visible depuis plusieurs cycles PISA.

L'OCDE rappelle elle-même que la baisse de certaines compétences, notamment en lecture, était perceptible bien avant la pandémie de Covid et bien avant l'arrivée des chatbots génératifs. Elle évoque notamment la diminution de la lecture pour le plaisir et le passage vers des pratiques de lecture numérique davantage basées sur le survol rapide de contenus.

L'IA générative peut avoir modifié les habitudes de travail depuis 2022. Elle ne peut en revanche pas expliquer à elle seule une tendance commencée plusieurs années avant son apparition.

Accuser ChatGPT permet donc de désigner un responsable récent et visible, mais masque une dégradation beaucoup plus ancienne.

Les élèves français utilisent-ils beaucoup l'IA pour leurs devoirs ?

PISA 2025 apporte pour la première fois des données particulièrement intéressantes sur ce point. En France, 37 % des élèves déclarent utiliser au moins une fois par semaine un chatbot IA pour les aider à apprendre, contre 46 % en moyenne dans l'OCDE.

Ils sont 29 % à utiliser l'IA pour effectuer une recherche préliminaire sur un nouveau sujet, 21 % pour résumer un texte qu'ils devaient lire et 23 % pour rédiger un texte dans le cadre d'un exercice.

Seuls 15 % des élèves français déclarent ne jamais ou presque jamais utiliser de chatbot IA pour aucune des tâches scolaires étudiées par PISA.

L'IA est donc déjà installée dans les pratiques scolaires. Mais les élèves français ne font pas partie de ceux qui l'utilisent le plus. Ce détail est important : si l'utilisation de l'IA suffisait à expliquer de mauvais résultats, les pays où elle est encore plus répandue devraient logiquement être particulièrement mal classés.

Singapour utilise beaucoup plus l'IA et reste pourtant premier

Singapour constitue un contre-exemple difficile à ignorer. Le pays fait partie des systèmes les plus performants de PISA 2025 en sciences, mathématiques et lecture.

Pourtant, 65,6 % des élèves singapouriens utilisent l'IA au moins une fois par semaine pour apprendre, contre 45,5 % dans l'OCDE et environ 37 % en France.

La différence la plus intéressante se trouve ailleurs. À Singapour, 81 % des élèves déclarent apprendre à évaluer la qualité des informations générées par une IA dans leurs cours. La moyenne OCDE est de 62,6 %.

En France, ce taux tombe à 46,8 %, ce qui place le pays parmi les systèmes les moins bien classés sur cet indicateur.

On peut donc avoir beaucoup d'élèves utilisant ChatGPT et obtenir d'excellents résultats scolaires. La différence pourrait davantage se situer dans l'encadrement et l'apprentissage de son utilisation que dans l'accès à l'outil lui-même.

Utiliser ChatGPT pour apprendre ou pour éviter d'apprendre

Deux élèves peuvent utiliser exactement le même chatbot et effectuer deux activités intellectuelles totalement différentes.

Le premier lui demande d'expliquer pourquoi son raisonnement est faux, de lui proposer un nouvel exercice ou de l'interroger jusqu'à ce qu'il maîtrise une notion. Il transforme l'IA en tuteur disponible à la demande.

Le second colle l'énoncé d'un exercice, récupère la réponse et la rend sans chercher à la comprendre. L'IA devient alors un moyen de contourner l'apprentissage.

PISA 2025 retrouve cette ambiguïté dans ses données. Les élèves qui déclarent ne pas utiliser l'IA pour rédiger leurs devoirs obtiennent en moyenne de meilleurs résultats que ceux qui l'utilisent. Mais parmi les utilisateurs fréquents, ceux qui emploient l'IA pour apprendre et qui ont été formés à évaluer ses réponses ont tendance à mieux réussir que ceux qui n'ont reçu aucun accompagnement.

L'OCDE précise que ces résultats montrent des associations et ne permettent pas d'établir une causalité. Ils rendent néanmoins difficile une conclusion du type « plus d'IA égale moins d'apprentissage ».

Le problème est-il plutôt notre rapport au numérique ?

PISA pointe un phénomène beaucoup plus ancien que ChatGPT : la distraction numérique.

L'OCDE observe que les élèves entourés de camarades distraits par leurs appareils numériques obtiennent de moins bons résultats, sont moins engagés dans leurs apprentissages et se sentent moins connectés à leur établissement.

Elle relève également une relation différente selon l'usage. Un recours limité ou modéré aux appareils numériques pour apprendre est souvent associé à de meilleurs résultats. Lorsque leur utilisation devient excessive ou concerne des loisirs pendant le temps scolaire, les performances diminuent nettement.

Smartphones, réseaux sociaux, notifications, vidéos courtes et lecture fragmentée ont modifié les habitudes d'attention bien avant l'apparition de ChatGPT. Cette chronologie correspond davantage à la baisse observée sur plusieurs cycles PISA.

L'arrivée de l'IA vient s'ajouter à cette transformation du numérique. Elle n'en est pas le point de départ.

L'IA peut-elle malgré tout aggraver les inégalités scolaires ?

Le risque le plus crédible n'est peut-être pas une baisse uniforme du niveau, mais un écart croissant entre les usages.

Un élève qui possède déjà de bonnes bases peut vérifier les réponses d'une IA, identifier une erreur, demander une autre explication ou comparer plusieurs raisonnements. L'outil lui permet d'aller plus vite et de multiplier les occasions d'apprendre.

Un élève fragile peut produire grâce au même outil un devoir bien présenté sans avoir acquis les connaissances nécessaires pour le réaliser seul.

PISA relève déjà une différence sociale dans l'éducation à l'IA : dans l'ensemble de l'OCDE, les élèves défavorisés sont moins susceptibles d'avoir travaillé en classe sur l'évaluation de contenus générés par une intelligence artificielle.

L'enjeu pour l'école n'est donc pas uniquement de savoir qui a accès à ChatGPT, mais qui apprend à s'en servir sans lui déléguer sa propre réflexion.

Alors, les mauvais résultats PISA sont-ils la faute de l'IA ?

Les données disponibles ne permettent pas de l'affirmer. La chute française commence avant ChatGPT, tandis que certains des pays qui utilisent le plus l'IA à l'école figurent parmi les meilleurs de PISA.

L'IA crée néanmoins un nouveau problème pédagogique. Pour la première fois, un élève peut déléguer presque instantanément une grande partie du travail intellectuel demandé par l'école. Interdire l'outil ne règle pas forcément ce problème, surtout lorsqu'il est déjà utilisé hors de la classe.

La comparaison entre la France et Singapour fournit une piste plus intéressante : 37 % des élèves français utilisent régulièrement l'IA pour apprendre, mais moins de la moitié déclarent apprendre en classe à évaluer ce qu'elle produit. À Singapour, l'usage est beaucoup plus fréquent et 81 % sont formés à cette évaluation.

La question n'est donc déjà plus seulement de savoir si les élèves doivent utiliser l'IA. Il faut leur apprendre quand l'utiliser, comment vérifier ce qu'elle produit et quand accepter de travailler sans elle.

ChatGPT peut permettre d'éviter un exercice. Il peut aussi expliquer patiemment la même notion dix fois. Ce n'est pas le même apprentissage, même si dans les statistiques les deux commencent par une case identique : « utilise l'IA ».

Sources


Les résultats PISA 2025 de la France ont-ils baissé ?

Oui. Selon l'OCDE, les résultats français baissent entre 2022 et 2025 en mathématiques et en compréhension de l'écrit, tandis qu'ils restent à peu près stables en sciences. Les résultats de 2025 comptent parmi les plus faibles jamais enregistrés par la France dans PISA.

L'intelligence artificielle est-elle responsable de la baisse des résultats PISA ?

Aucune donnée PISA ne permet d'établir cette causalité. La baisse des résultats français avait commencé avant l'arrivée publique de ChatGPT fin 2022. PISA montre surtout que les effets associés à l'IA varient selon la manière dont elle est utilisée et l'accompagnement reçu par les élèves.

Combien d'élèves français utilisent ChatGPT ou une IA pour apprendre ?

Dans PISA 2025, 37 % des élèves français de 15 ans déclarent utiliser un chatbot reposant sur une intelligence artificielle au moins une fois par semaine pour les aider à apprendre. La moyenne de l'OCDE est d'environ 46 %.

Les pays qui utilisent beaucoup l'IA ont-ils de moins bons résultats scolaires ?

Non. Singapour fait partie des meilleurs systèmes scolaires de PISA 2025 alors que 65,6 % de ses élèves utilisent l'IA chaque semaine pour apprendre. En revanche, 81 % de ses élèves déclarent aussi apprendre à évaluer les informations produites par une IA, contre 46,8 % en France.

Faut-il interdire ChatGPT à l'école ?

PISA 2025 ne permet pas de conclure qu'une interdiction générale améliorerait les résultats. Les données de l'OCDE mettent plutôt en avant l'intérêt d'apprendre aux élèves à évaluer les contenus générés par l'IA et à distinguer les usages qui soutiennent l'apprentissage de ceux qui remplacent l'effort demandé.

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