Investir dans l'IA via un PEA en France

En France, peut-on acheter des actions liées à l'IA accessibles via un PEA ?

L'intelligence artificielle bouleverse tout. NVIDIA a franchi les 1000 milliards de capitalisation, ChatGPT a popularisé les grands modèles de langage, et les investisseurs cherchent à profiter de cette révolution. Mais en France, si vous voulez investir via un PEA (Plan d'Épargne en Actions), vous êtes confronté à une contrainte majeure : les géants américains de l'IA ne sont pas éligibles. Alors, peut-on vraiment miser sur l'IA dans un PEA ? La réponse est nuancée, mais il existe des solutions concrètes.

La contrainte géographique du PEA

Le PEA est une enveloppe fiscale avantageuse, mais avec des règles strictes. Pour qu'une action soit éligible, la société doit avoir son siège social dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen (UE + Islande, Norvège, Liechtenstein). Elle doit également être soumise à l'impôt sur les sociétés dans les conditions de droit commun.

Cela exclut d'emblée les stars américaines de l'IA : NVIDIA, Microsoft, Alphabet, Meta, Amazon. Ces entreprises ont leur siège aux États-Unis, un point c'est tout. Peu importe qu'elles soient cotées à Paris, Francfort ou Amsterdam, c'est la localisation du siège qui compte. Résultat : impossible d'acheter directement des actions NVIDIA dans un PEA, même si l'IA générative fait tourner leur chiffre d'affaires.

Des actions européennes exposées à l'IA

Heureusement, l'écosystème européen compte des acteurs pertinents, cotés et éligibles au PEA. Ce ne sont pas toujours des "pure players" de l'IA, mais leur exposition à la chaîne de valeur technologique est réelle.

Les semi-conducteurs : le hardware de l'IA

L'IA a besoin de puces. Beaucoup de puces. Et l'Europe a des champions dans ce domaine.

ASML (Pays-Bas) est le leader mondial des machines de lithographie EUV, essentielles pour fabriquer les puces les plus avancées, y compris celles utilisées dans les data centers IA. L'action est éligible au PEA et cotée sur Euronext Amsterdam. Une exposition indirecte mais stratégique.

Soitec (France) produit des substrats de silicium sur isolant (SOI) utilisés dans les puces mobiles, automobiles et pour le traitement de données en edge computing. L'entreprise mentionne explicitement l'IA et le cloud dans ses marchés cibles. Éligible PEA, cotée à Paris.

Logiciels, services et infrastructures

Dassault Systèmes (France) propose des logiciels de conception 3D et de simulation. L'entreprise a annoncé un partenariat avec NVIDIA pour développer une plateforme d'IA industrielle basée sur les "jumeaux numériques". C'est une exposition à l'IA appliquée à l'industrie, pas à l'IA générative grand public, mais le positionnement est clair. Action éligible au PEA.

Worldline (France) est un géant du paiement numérique. L'entreprise utilise l'IA pour la détection de fraude et la sécurisation des transactions. L'exposition est réelle, même si le cœur de métier reste les services financiers. Éligible PEA.

Atos (France) via sa filiale Eviden, conçoit des supercalculateurs utilisés pour l'entraînement de modèles d'IA. Là encore, l'exposition existe, même si le groupe traverse des difficultés. Action éligible au PEA.

ETF IA : le mirage du PEA

C'est ici que les choses se compliquent. Il existe des ETF (fonds indiciels cotés) thématiques "Intelligence Artificielle" ou "Robotique & IA", mais aucun n'est éligible au PEA à ce jour. Pourquoi ? Parce que ces ETF investissent majoritairement dans des entreprises américaines (les fameux NVIDIA, Microsoft, etc.), dont les sièges sont hors UE.

Or, pour qu'un ETF soit éligible au PEA, il doit détenir au moins 75% d'actifs éligibles, c'est-à-dire d'actions de sociétés ayant leur siège en UE ou EEE. Les indices IA mondiaux comme le Nasdaq CTA Artificial Intelligence ne respectent pas ce critère.

J'ai vérifié pour vous : l'Amundi MSCI Robotics & AI UCITS ETF (code LU1861132840) indique clairement "Eligibilité au PEA : Non" sur sa fiche officielle. Même chose pour le WisdomTree Artificial Intelligence UCITS ETF et le Lyxor MSCI Robotics & IA ESG Filtered. Aucun n'est compatible PEA.

Les alternatives via ETF synthétiques

Il existe une astuce technique : les ETF à réplication synthétique. Ces fonds détiennent un panier d'actions européennes (éligibles PEA) et utilisent un swap pour répliquer la performance d'un indice mondial, par exemple le MSCI World ou le S&P 500.

Ainsi, l'iShares MSCI World Swap PEA (code IE0002XZSHO1) est éligible au PEA alors qu'il expose l'investisseur aux marchés mondiaux, y compris les géants tech américains. De même pour l'Amundi PEA Monde (code FR001400U5Q4).

Ce n'est pas un ETF "IA", mais vous captez indirectement la performance de NVIDIA, Microsoft et autres, tout en restant dans le cadre fiscal du PEA. La méthode a un coût (frais légèrement plus élevés) et une complexité technique, mais c'est une solution pragmatique.

Comment construire un portefeuille IA dans un PEA

Voici une approche concrète, à adapter selon votre profil et vos convictions.

Approche directe via actions européennes : sélectionnez quelques valeurs exposées à l'IA et éligibles au PEA. Par exemple : ASML pour les semi-conducteurs, Dassault Systèmes pour l'IA industrielle, Soitec pour les matériaux avancés. Cette approche demande de suivre l'actualité des entreprises et d'accepter la volatilité.

Approche indirecte via ETF mondiaux : privilégiez un ETF synthétique éligible PEA comme l'iShares MSCI World Swap PEA ou l'Amundi PEA Monde. Vous bénéficiez d'une diversification mondiale, y compris sur les champions américains de l'IA, sans sortir du PEA. C'est plus simple, mais moins ciblé.

Approche mixte : combiner les deux. Un ETF mondial en PEA pour la diversification de base, et quelques actions européennes spécifiques pour une exposition plus directe à la thématique IA. C'est la solution que je trouve la plus équilibrée, mais elle demande plus de gestion.

Ce qu'il faut retenir

Investir dans l'IA via un PEA est possible, mais avec des contraintes réelles. Les géants américains sont hors jeu, les ETF IA dédiés ne sont pas éligibles, et il faut composer avec l'écosystème européen. Ce n'est pas forcément mauvais : ASML, Dassault Systèmes ou Soitec sont des entreprises solides, avec des positions réelles sur la chaîne de valeur de l'IA.

L'essentiel est de comprendre ce que vous achetez. Ne croyez pas qu'un ETF "IA" vous donnera une exposition pure à ChatGPT ou à Midjourney. Lisez les compositions, vérifiez les éligibilités sur les sites officiels (Euronext, AMF), et construisez une stratégie cohérente avec votre horizon et votre tolérance au risque.

Sources


Peut-on acheter des actions NVIDIA dans un PEA ?

Non. NVIDIA a son siège social aux États-Unis, ce qui rend ses actions inéligibles au PEA, même si l'entreprise est cotée sur des bourses européennes. Le critère déterminant est la localisation du siège social, pas la place de cotation.

Existe-t-il des ETF IA éligibles au PEA ?

Non, aucun ETF thématique "Intelligence Artificielle" n'est éligible au PEA actuellement. Ces fonds investissent majoritairement dans des entreprises américaines, dont les sièges sont hors Union européenne. Pour qu'un ETF soit éligible, il doit détenir au moins 75% d'actions de sociétés ayant leur siège en UE ou EEE.

Comment investir dans l'IA via un PEA ?

Deux options principales : acheter des actions européennes exposées à l'IA et éligibles au PEA (comme ASML, Dassault Systèmes, Soitec, Worldline), ou utiliser des ETF synthétiques éligibles au PEA (comme iShares MSCI World Swap PEA) qui répliquent la performance d'indices mondiaux incluant les géants tech américains.

Quelles sont les actions françaises exposées à l'IA et éligibles au PEA ?

Plusieurs actions françaises sont concernées : Dassault Systèmes pour l'IA industrielle et les jumeaux numériques, Soitec pour les substrats de semi-conducteurs utilisés dans les puces IA, Worldline pour l'IA appliquée au paiement et à la fraude, et Atos (via sa filiale Eviden) pour les supercalculateurs dédiés à l'IA.

Pourquoi les ETF synthétiques sont-ils éligibles au PEA ?

Les ETF synthétiques détiennent physiquement un panier d'actions européennes (éligibles PEA) et utilisent un swap pour répliquer la performance d'un indice mondial. Cette structure permet de respecter la règle des 75% d'actifs éligibles, tout en offrant une exposition aux marchés mondiaux, y compris les géants américains de l'IA.

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